Grabide de Lambert Castellani par François Huglo

Les Parutions

26 oct.
2024

Grabide de Lambert Castellani par François Huglo

Grabide de Lambert Castellani

 

 

            Ceux qui merdRent de Christian Prigent pourrait être continué. Car qui ne merdRe pas ? Rire est le sale de l’homme, lui-même sale de la terre : le sale est universel. Lambert Castellani écrit : « Universali le supersale ». Surtout la langue. Jamais pure. Elle pue. « La vla ton origin / Rgad la langue / cherche pu : ». Et pleine page, en face, en gras, une étoile entre parenthèses figure, si je ne m’abuse, un trou du cul. Zut(ique), alors ! La langue est sale de pendre au corps, sale de ce corps dont chacun est plein. Et sale d’âme pas moins. « Tout plein ras bord de vie intérieure (…) la marmelade plein la marmite qui palpite c du vivant pas du pensant c la panse ». L’obésité est devenue marqueur social, aussi négatif que l’orthographe fonétic, sa fantaisie, son inventivité, ses « lape-près » dirait Boby Lapointe, au pays rance des dictées de Bernard Pivot. Mais que chacun regarde « lfon dsa culott », là où causal devient « cusal », en un mot comme en deux. Comme Prigent Castellani est du côté de Rabelais, dont la boulimie intellectuelle et verbale déballe sans crainte un « torchecul » que Tartuffe ne saurait voir. Autre pleine page, toujours en gras, ce cri de joie et de colère : « IFODIR MER2 ». Non seulement dire, mais faire, ça urge, comme révolte ou révolution : « sa gronde o boyo o+o nivo c la bomb humaine fauvou poussé sapouss sava PT », même si ça « marchpapa », même si comme l’oncle de la « java des bombes atomiques » de Boris Vian, Grabide chante kia kekchose « kikcloche la ndan kjy rtourn mediatmen ». Ça gronde, jusqu’au moment où il y a « tout kexploz avec skil a o cu o cu o cun negociassion ». Face aux autorités diverses —« toilettes, vos papiers ! »—, Grabide-Gavroche monté sur scène chante : « J’ai du bon caca dans ma cacatiere ».

 

            Sur les traces de Gargantua et du Grabinoulor de Pierre Albert-Birot, sans oublier le Chino de Prigent, Grabide est une épopée. Ses aventures, comme celles de Claudine ou de Martine, font rubriques : Grabide veut faire du sport, ou faire poème —« veu poem kipu o poin kfrais fondr lecteur dPeuR par lé 2 zoeïl », ou veut « dlamour dérenkontr ». Mais « ça narre narguant », jusque dans l’annexe où les références « top qualité », raturées ou non, sont qualifiées de « théories mal digérées / philosophies de visu », d’ « affects compassés / envie de tout casser / regardez-moi j’en connais ». L’épopée sous forme d’almanach donne l’impression de lire TXT, sur une page invitant à « fêter les 10 ans du Soi-Disant "Le festival du Vent" avec, page suivante, un bonus : « Ne manquez pas nos poètes en résidence !!! », ou dans le retour de rubriques, « mémoireflash », « holefactus » et « déjàvu », qui détourne les pubs : « couscous garbide c’est bon comme l’abat », ou les chansons : « quand t’es dans le disert / depuis trop longtemps ». Parmi les pages dignes de TXT, citons aussi cet à peu près dans l’esprit « craduction » : « sick transit gloire imodium ».

 

            Entre Pinocchio, Cyrano, et Gogol, les aventures sont celles d’un nez « c tun cap sa salonge vla l’handicap ». La « fée txt » mouche « commun vieu troudné dgouliné », mais se défend par ces évidences : « eul né c déglasse mé on enten onc dir tupu du né jamé », et « pi on dit ksa sen ri1 kan on sen pas kekchose mais si sa santé lné ? ». Pour Grabide, « si sa pu sé ksé vécu / la ouksé sal c le normal ». Faisant « valser le saleça », il ajoute : c’est le réel. « Le réel c o bas morsso quça échoit » et c « là xa joui (men parle pa) ». Là « c lcorps qui gagn ki gagn pasksé lui qui décide kan xa décline ». Grabiide veut donc « poemkipu » comme la « langue dézott » dont il « peupus sdéganguer », et qui « fédezhorde », la « voix dézott » qui le parasite « pir kle pou dlangue » (cymothoa exigue, est-il précisé en note).

 

            Gare à Grabide ! Car tout ce qu’il n’a pas (n’a « pan ») fait cible, et peloton d’exécution : « pan ! ». Grabide « la PAN ! lé code / lé PAN ! connaicté / lé PAN allé bcp a lécol ». Grabide « lé PAN ! cô lézott ». Grabide est mal nez.  Grabide fait un bide, et même « bide sur bide rfusé en gra pazrtou ». Grabide merdRe. Et Verheggen nous manque. Le Verheggen de « l’âge gras » qui s’écriait : « Je est une outre » en dansant comme une « baleinerine ». Pour sûr, ce livre —le premier de Lambert Castellani— lui aurait plu.

 

 

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