Pastels, de Jean-Guy Coulange par Christophe Stolowicki

Les Parutions

4 avr.
2025

Pastels, de Jean-Guy Coulange par Christophe Stolowicki

Pastels, de Jean-Guy Coulange

 

 

Imagine-t-on un pastel de rouge brûlant ? Celui de couverture appelle la signature des mains sur la paroi de grotte dont émerge, fondu échappant à la flamme, masse sombre sauve de l’embrasement, un équidé ou bovidé touffu de millénaires.

 

On connaît Jean-Guy Coulange comme Orphée, de sa maison qui surplombe la plage du Sillon de Saint-Malo descendant en photographe du sous-jacent  aux enfers marins où s’est perdue son Eurydice dont des passantes lui tiennent lieu, tout en ombres longues raréfiées par le crépuscule – il en remonte ici jusqu’à une abstraction de ciels marins tourmentés par la vague, au tourbillon figé.   

 

Ou comme auteur de pièces radiophoniques, captant les voix du silence d’île en île, les silences des conversations d’île en elles.

 

Imaginez Malévitch, au plus abstrait d’un carré blanc sur fond blanc, le pastelliser – vous aurez une idée de l’art concret de Jean-Guy Coulange, non abstrait mais abstractif. De la photographie gît derrière. Le contre-jour lu, vu, entendu comme un contretemps. Gésir devenu un mouvement d’espace-temps.

 

On se passera de lire la préface de Pierre Bergounioux, qui associant Marx à Picasso gifle de ouï-dire tant de beauté, n’alignant que clichés sur cachet politiquement correct.

 

Pastels : fondus que ni chaîne ni trame n’ont lâchés.

 

Pastels où le jazz de Matisse s’est assagi en Bach.

 

Pastel grenu du cuir, ou tremblé comme des voix.

 

Un art abstractif desserre l’anneau de Moebius comme est tranché un nœud gordien. Ou calligraphie de nuit une page de mer. Sur ce même fond de nuit, un alphabet composé d’une seule lettre la répète, la rapièce dans ses infimes nuances

 

Une masse nuageuse telle une flaque de stratosphère se suspend sur une bande de mer côtière. Bandes basses : celle de Rothko.  

 

Pastels à l’huile dont est trempée leur eau comme le fer au rouge.

 

Lissé, épuré, un contrepoint à l’art brut. Des entrecroisements de filets un clin d’œil à l’art brut.

 

L’excellente postface de David Chevrier situe bien Jean-Guy Coulange par rapport au mouvement de l’art concret des années trente.

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